La naissance du Judo

Aucun pays au monde n'a connu un développement aussi spectaculaire des arts martiaux que le Japon. Et aucun pays au monde n'a su les garder aussi proches de leurs origines. Ceci est dû aux conditions particulières de son histoire et notamment au fait que le Moyen Age nippon, avec ses guerres de samouraï, n'ait pris fin qu'en 1868.

Parmi les arts martiaux produits par le Japon, le Judo fut le premier à être connu à l'étranger et à s'y développer d'une manière totalement inattendue par les premiers maîtres. Il est encore aujourd'hui le plus universellement pratiqué.


Jigoro Kano

 

Jigoro Kano, le fondateur du judo, est né en 1860 à Mikage (Japon). À l’âge de 17 ans il découvre le ju jitsu avec le maître Fukuda, et très vite il entrevoit comment la souplesse permet de vaincre un adversaire plus lourd. Après avoir observé avec attention les autres pratiquants, un principe lui apparaît : « l’usage efficace de l’énergie qui permet avec un effort minime de vaincre un adversaire à la force considérable ». Il met au point sa méthode et, de tous les systèmes d’attaque et de défense, il ne retient que les techniques non dangereuses qui respectent le principe « minimum d’énergie, maximum d’efficacité ». En 1882, sa synthèse personnelle établie, il ouvre son propre dojo dans un petit temple bouddhique. Il appelle cette école le judo kodokan. Il a 22 ans.

 

La neige ne brise jamais les branches du saule.

Un récit légendaire sur l’origine du principe de la souplesse et la naissance de l’école Yoshin ryu (l’école du cœur de saule) relate l’histoire de Shirobei Akiyama, un médecin de Nagasaki…

Un matin d’hiver alors qu’il neige, il fait une promenade en forêt et remarque un saule au bord d’une rivière dont les fines branches s’inclinent sous le poids de la neige, laissant tomber leur fardeau, puis reprennent leur position sans se briser. Et il en voit d’autres plus robustes casser ou se fracturer sous la charge.

C’est l’illumination, la neige ne brise jamais les branches du saule. Le principe de la souplesse est né. « Opposer la force à la force n’est pas une solution car la force est toujours vaincue par une force plus grande. »

 

Entre Orient et Occident, Tradition et Modernité,

un étonnant destin à la croisée des chemins.

 

Dans l’histoire des arts martiaux du Japon, Jigoro Kano est certainement la figure la plus connue. Né le 28 octobre 1860 à Mikage, près de Kobe dans la préfecture japonaise d'Hyogo, il grandit sous le règne de l’empereur Mutsuhito, à ̏̏ l'ère Meiji, ̋ dans une période de réformes radicales qui voit l’abolition du shogunat en 1867, de la féodalité en 1868, et aussi le passage à la modernité occidentale et à l’industrialisation.

C’est à cette époque, où les arts du budo perdent tout prestige, où les samouraïs doivent renoncer à leurs privilèges, puisque ̏̏ les usages des temps anciens sont abolis pour toujours ̋, que Kano, de santé fragile dans sa jeunesse, après avoir pratiqué la gymnastique et le base-ball, entre en 1877 à l'Université de Tokyo où il découvre le jujitsu. Il débute aussitôt l'étude de tenjin-shinyo-ryu sous la direction de Fukuda Hachinosuke, disciple de Iso Mataemon, qui l’initie aux ate-waza (techniques de coups frappés) et aux katame-waza (techniques d'immobilisation).

Malheureusement, en 1879 le maître Fukuda, âgé de 82 ans, meurt. Kano ne se décourage pas et, quelque temps après, il découvre les nage-waza (techniques de projection) avec likubo Tsunetoshi, à l'école kito-ryu. Avide de connaissances, pour parfaire son savoir, il se procure tous les documents et manuscrits qu’il peut trouver.

Face à un mode de vie différent et de nouvelles manières de penser dans son pays, il puise dans les racines de son histoire et ses traditions, s’inspire des valeurs de l'Occident et du courant de l’époque, puis élabore le premier art martial moderne dont l'objectif est d'élever l'homme pour servir l'humanité.

Le terme Judo, ayant déjà été employé un peu plus tôt par l’école jukishin-ryu, Kano le complète par kodokan, c’est à dire « l’endroit où l’on étudie la voie ». En 1882, sa synthèse personnelle ayant pris forme il établit son propre dojo, le Kodokan Judo, dans le petit temple bouddhique d’Eishoji, dans la banlieue Shitaya de Tokyo.

En nommant sa méthode Kodokan Judo, Kano veut montrer que son judo est une séparation avec le passé et le trop discrédité jujitsu, mais aussi une ouverture sur l’avenir, que sa méthode est « une voie », un art de vivre et une discipline formatrice. Grand connaisseur et rassembleur des anciennes techniques guerrières développées au Japon, il extrait des vieux « arts guerriers » une synthèse plus spirituelle, un nouvel art imprégné de philosophie. Ayant étudié dans sa jeunesse avec des maîtres éminents dont la sagesse et l’expérience lui furent profitables, il parvient dans le foisonnement des écoles et des styles à dégager un principe : « la nécessité d’utiliser l’énergie mentale et physique avec la plus grande efficacité ».

En créant une nouvelle méthode d’éducation physique et morale, Kano se distingue du jujitsu, déprécié et dénigré, tombant dans l’oubli. Heureusement, le développement spectaculaire du judo et son universalisation sauveront de l’oubli cet authentique et précieux budo, ancêtre de tous les arts martiaux. Aujourd’hui, à bien suivre l’évolution de leur étroit rapport on peut discerner les liens historiques et philosophiques qui les composent et les unissent.

La notoriété que Kano acquit dans la vie publique profita aux arts martiaux, à leur rôle et leur maintien, ses actions pour la survie des anciennes techniques du budo furent fondamentales, notamment quand il affirma qu’un art martial correctement enseigné pouvait forger une nouvelle jeunesse, en développant au plus haut point ses qualités physiques et morales.

Jigoro Kano s’intéressait autant au corps qu’à l’esprit. Sa réussite dans les études l’orienta vers une carrière dédiée à l'éducation qu’il considérait comme un objectif politique, social et humain prioritaire. En 1889, en tant que membre du département de la Maison Impériale, il visita l'Europe pour étudier ses différents systèmes éducatifs. Son investissement dans le domaine éducatif et sportif ne s’est pas seulement limité à son pays. Kano a longtemps fait partie du Comité International Olympique et il fut en 1909 le premier japonais à devenir membre du Comité International Olympique (fondé le 23 juin 1894 par le baron Pierre de Coubertin). Il fut aussi le premier président de l'Association Japonaise du Sport Amateur, fondée en 1911.

Le but de Kano Shihan (maître fondateur) était de développer un système complet d’éducation physique et de formation du caractère basé sur la pratique martiale. Il aspirait à la perfection par le judo et à l’amélioration du genre humain dans un esprit de prospérité mutuel. Il obtint de son vivant toute la considération et la reconnaissance que ses actions et son génie visionnaire méritaient en étant élu membre de la chambre des Pairs en 1922.

Educateur, pédagogue, idéaliste, humaniste, philosophe, toute sa vie il gravira les échelons de la société et occupera des postes de grande responsabilité.

Incessant voyageur, se captivant de tout, il mourut en mer, loin de sa terre natale le 4 mai l938, à bord du Hikawa Maru, sur le chemin du retour de la réunion du Comité International Olympique au Caire.

 

 

 

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